le goût de l’artiste et du spectateur

Le Goût de l’Artiste et du Spectateur

Comme tout artiste, Picasso, à ses jeunes heures, s’est laissé guider par les choses qu’il aimait. Cela va de soi : Pourquoi aller à rebours des sujets et des moyens qui provoquent un sentiment de beau et de plaisir ? Cependant, avec le temps et l’expérience, tout artiste affûte son goût, cultive ce qui lui permet de ressentir ce plaisir. Mu par la volonté de toujours s’améliorer et de ne surtout pas stagner, l’artiste perçoit autant ses limites que la nécessité de les dépasser (pour maintenir cet état de contentement). Le goût justement, est une limite fondatrice. Le goût a ceci de particulier qu’il ne se manifeste pas ; il a toujours été là, et ne se dompte pas. Ou peut-être que si. D’une certaine manière, le goût se divise. L’artiste outrepasse son goût originel pour s’enrichir d’une perception (du beau) supplémentaire. En somme, l’artiste apprend à goûter les choses qu’il n’aimait pas nécessairement, c’est-à-dire les choses vers lesquelles son attention ne se dirigeait pas instinctivement. Le développement de ce goût nouveau, né de réflexions inédites, féconde et engraisse l’imagination. De là, l’accommodation de son goût originel est littéralement un frein à sa propre créativité. Ce constat, Picasso le place du côté de l’artiste. Toutefois, le même constat concerne également le spectateur : Le goût originel est proprement un obstacle à considérer, et finalement peut-être à apprécier.

Tout compte fait, que ce soit du point de vue de l’artiste ou du spectateur, il ne s’agit tout simplement que d’ouverture de l’esprit. Cet exercice concerne aussi bien l’un que l’autre, au point d’admettre que la considération, et par extension, l’appréciation sont des actes créatifs.

K.L.

peinture;
printemps 2017;
acrylique sur lin;
dimensions: 2X (75 x 100 x 3 cm).

peinture;
printemps 2017;
acrylique sur lin.